
Nous nous éprouvons faits de terre, d’air, d’eau et de lumière. Nous sommes le vivant, prolongement du dedans dehors, et du dehors dedans. Nul n’est centre, et chacun a une place. Entre la chair de l’homme et la chair du monde, nulle rupture, mais une continuité sensorielle de chaque instant. Ouvrant le passage à l’ancien savoir qui nous habite, à une danse d’avant le langage, d’avant la première phrase, émerge un duo intime avec notre condition d’être vivant, dont le cycle de vie et de mort fait partie.
Du silence, la poésie peut naître et rendre hommage ».
Alex Guex
La douzaine de routines de connexion à la nature communes aux différents peuples premiers, dans la diversité de leurs mises en œuvre, et la roue des 8 directions du modèle des 8 Shields sous-tendent et entourent toutes nos transmissions. À la fois fondations et contenants culturels, elles permettent d’intégrer dans son corps les rythmes du vivant et d’interagir dans le monde, dans ses relations, dans ses projets, en harmonie avec tous les aspects de la création.
La pratique de ces routines – la place médecine, l’errance, le chant, la danse, le pistage animalier et le pistage intérieur, les arts ancestraux (faire du feu à l’archet, récolter et tisser des fibres végétales, cueillir et cuisiner des plantes sauvages…) etc. permet de tisser des cordes de connexion de plus en plus nombreuses et épaisses avec tous les aspects du vivant.
Quand Jon Young, l’initiateur des 8 Shields, a demandé à un ancien Bushman du Kalahari « C’est quoi être Bushman ? », cet ancien guérisseur lui a fait une réponse à peu près de cette teneur :
« Être Bushman, c’est se réveiller le matin et aller pister les traces des animaux pour voir qui est passé là pendant la nuit, c’est aller observer les baies pour voir lesquelles mûrissent.
Peut-être qu’un matin j’apercevrai un oiseau, je le regarderai dans les yeux, et en retour il me regardera lui aussi dans les yeux. Le lendemain on se reconnaîtra. Un filament de connexion entre lui et moi aura émergé. Quelques jours plus tard, je noterai peut-être la particularité des plumes blanches de sa queue, et puis la fois d’après à l’écoute de son chant je saurai que c’est un mâle.
Le filament de connexion entre lui et moi va s’épaissir de jour en jour au fil de nos rencontres pour devenir un petit fil. Un jour il me présentera sa partenaire, je le verrai la nourrir, et ça me rappellera la mienne et comme j’aime moi aussi prendre soin d’elle. De jour en jour, au fur et à mesure que je développerai cette relation, un sentiment d’amour circulera entre nous.
Être Bushman pour nous c’est établir ces cordes de connexion – parce qu’à un moment ça devient des cordes épaisses – avec tous les aspects de la création, oiseaux, mammifères vent, soleil, animaux, plantes… C’est quand on est vraiment ancré dans notre environnement. C’est ça être Bushman ».
Depuis cette perspective, nous pouvons réassocier naturalisme et chamanisme. Chez les peuples premiers, les anthropologues ont vu des rapports entre le chaman et des entités « surnaturelles », sans voir que la magie prenait corps dans la nature elle-même.
Ce qui est magique, mystérieux, puissant, ne pouvait appartenir pour les Occidentaux qu’à une dimension surnaturelle, non physique, « au-dessus » de la nature, dès lors que l’on considère la nature comme un simple décor, juxtaposition d’objets sans âmes. « Et pourtant (…) Les puissances et les entités profondément mystérieuses avec lesquelles les chamans entrent en rapport ne sont autres que ces mêmes forces – ces mêmes plantes, animaux, forêts et vents (…)»1. Donc la nature elle-même.
Les pratiques proposées par L’Ombelle visent à nourrir et approfondir notre connexion, à soi, aux autres et aux vivants « autres qu’humains ». Cela doit permettre d’établir des correspondances dans notre système nerveux : les neurones font autant de connexion à l’intérieur qu’il se crée de liens à l’extérieur. Ce faisant, nous réactivons en nous tous nos potentiels. Sinon, nos systèmes nerveux restent atrophiés, ou encore hypertrophiés par secteurs (au niveau de la vue par exemple). Ce déploiement peut nous rendre perceptibles des réalités plus subtiles invisibles jusqu’alors.
Pour être pleinement humain il faut être connecté à une grande diversité d’espèces. La connexion, c’est le processus d’établir ces relations jour après jour. Cela amène une paix profonde et développe les sentiments d’empathie, de révérence et d’amour envers le vivant. Cela nous accompagne pour manifester nos dons dans le monde et pour y occuper notre place avec justesse.
Prochains stages pour découvrir ou approfondir votre connexion au vivant : https://lombelle.com/stages-2/
1 David Abram, extrait de « Comment la terre s’est tue, pour une écologie des sens », éditions La Découverte
Merci à Jean-Claude Catry et Ingrid Bauer pour leur mentorat et le soutien invisible qu’ils me donnent pour écrire mes articles.
