Par Angela Soissong, le 18 décembre 2024

Joyeuses fêtes de fin d’année !
À l’approche du solstice d’hiver et de la célébration de Noël, je plonge dans le dépouillement pour revenir au plus proche de mon essentiel. La vie me fait revisiter mes centres d’intérêts à la lumière de nouveaux angles de vue. Plus profonds, plus subtils. J’épaissis ma relation au monde.
Je vous partage ma gratitude d’avoir assisté récemment à la conférence donnée par Andrew Marshall, pédagogue à l’école Steiner Caminarem à Alès, sur les fêtes calendaires dans la pédagogie Steiner. J’aimerais vous partager un peu de ce que j’ai appris, un peu de mon émerveillement face à la profondeur de la connaissance du monde de Rudolf Steiner.
Les apports d’Andrew Marshall dans cette conférence remettent au cœur de l’appréhension des fêtes calendaires la question du temps. Qu’est-ce que le temps ? Qu’est-ce qu’une année ? D’où vient le fait que l’humain ait, depuis des milliers d’années, eut besoin de mesurer le temps, et de marquer comme des événements importants et répétés d’années en années, dans le calendrier, les solstices et les équinoxes, Beltaine, Samaïn, Yule, Imbolc chez les Celtes ? Devenus plus tard Noël, la chandeleur ou la fête des morts ? On retrouve les plus anciens dispositifs de suivi du temps au Paléolithique supérieur, 43000 ans avant notre ère ! Quel est ce besoin humain si ancien de mesurer le temps ?
Il existe deux modèles de calendriers : le calendrier cyclique, qui s’inscrit dans un cercle, et où chaque point cardinal représente une saison. Dans le cercle, chaque année, on retraverse les 4 saisons et l’énergie des quatre directions qui leur correspondent. Ce modèle de calendrier permet de faire des liens entre les dates célébrées, des échos entre les points cardinaux, des connexions internes. Mais le problème est qu’on est coincé dedans, tout y est déterminé, répétitif, il n’y a pas moyen de s’en échapper, aucune liberté, aucune sortie du cercle répétitif.
Aujourd’hui et depuis Thalès, la forme adoptée par le modèle calendaire est la ligne droite : la frise chronologique. On pose un point de départ – comme la naissance de Jésus Christ dans notre calendrier actuel -, et on marque les événements qui suivent sur la ligne les uns après les autres. Là, enfin, il y a possibilité d’évolution, on n’est plus coincés dans le cercle, mais par contre les événements du calendrier deviennent un simple défilé de dates qui n’ont plus de liens entre eux. Les événements n’ont plus de sens. Ce calendrier est pourtant la base de toute notre vie moderne. Que se passerait-il si on ne l’avait plus ?
Aucun de ces deux modèles, finalement, ne permet d’appréhender l’écoulement du temps en prenant en considération à la fois le besoin de faire des liens entre les événements, et le besoin d’évolution et de liberté.
Autre problème qui se surajoute à ce constat, c’est la durée de l’année solaire. L’année solaire dure exactement 365,242 189 8 jours (soit 365 jours 5 h 48 min 45,198 s, c’était là sa valeur pour l’an 2012) ! C’est grosso modo le temps d’une révolution de la terre autour du soleil. 360 jours auraient été bien plus pratiques, facilement divisibles en 12 mois précis ! Mais le temps des planètes n’est pas une valeur fixe et découpable en portions égales. Et même la journée supplémentaire tous les 4 ans amenée par les années bissextiles ne suffit pas à conserver la concordance exacte entre l’année solaire réelle et le calendrier. Par le passé, on a opté pour plusieurs solutions face à ce problème : chez les Babyloniens, il y avait chaque année 5 jours flottants, hors de l’année ! Chez les Romains, on a dû ajouter plusieurs mois et introduire l’année bissextile pour que Noël (ou plutôt son équivalent, les Saturnales), ne se retrouve pas à Pâques ! Pour rattraper toutes ces fautes de calcul, il a fallu retrancher 10 jours du calendrier lors du passage du calendrier julien au calendrier grégorien. De la sorte, l’introduction du calendrier grégorien commença le vendredi 15 octobre 1582, qui fut le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 dans les États pontificaux et certains pays catholiques ! Et dans les pays protestants, du jour au lendemain, on n’était donc plus le même jour que dans les pays catholiques !

Stonehenge, un dispositif de suivi du temps à ciel ouvert ?
À présent, il n’y a plus qu’un léger décalage, mais on n’est déjà plus justes non plus ! Dans 3000 ans, il faudra à nouveau redécouper le calendrier. Et jusqu’à 2017, le jour de l’an, des scientifiques ajoutaient ou coupaient une seconde dans l’année afin de régulariser les décalages !
Le noyau de ce problème est que l’année est une chose vivante, non divisible, non découpable en tranches d’égale mesure. La rotation des planètes se compte en nombres irrationnels qui s’écrivent sur des pages et des pages de nombres après la virgule. Les Mayas avaient eu l’intelligence de poser une date de fin à leur calendrier, parce qu’ils savaient qu’une année était vivante et qu’on ne pouvait pas l’emprisonner dans un même modèle à vie. Le modèle n’est pas la réalité !
Comment, alors, trouver la justesse dans la mesure du temps, à l’instar du ver Palola viridis, qui vit dans les mers profondes du Pacifique, et qui pourtant, chaque année, se reproduit précisément la première pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps ?
La réponse se trouve au creux de chaque être humain. Pour comprendre ça, je vous retransmets l’invitation d’Andrew Marshall : pendant 2 minutes, connectez-vous avec vous-même, fermez les yeux, et tâchez de ressentir comment vous vous sentez aujourd’hui. Dans le toucher ? Dans la chaleur ? Dans le cœur ? Dans le corps ? Quels sont vos désirs aujourd’hui ? Et si vous comparez tout ça avec il y a 3 mois ? 6 mois ? 9 mois ? 1 an ? 2 ans ? 10 ans ? Qu’est-ce qui change ?
La réponse est assez précise et universelle : je ressens un mélange entre le modèle du cercle et le modèle de la frise chronologique. À la fois je peux ressentir que je ne suis pas la même au printemps, à l’automne, en été ou au cœur de l’hiver. Chaque année je retraverse ces cycles et ces saisons dans mon corps, perméable aux cycles de la nature qui m’environne. Et à la fois je peux ressentir que chaque année je suis différente, que chaque année la couleur d’une saison n’est pas tout à fait la même que l’année précédente.
Nous oublions trop souvent que nous sommes aussi des animaux et que nous possédons comme eux des sens de perception subtile, pour nous orienter, pour ressentir le temps qui passe et les cycles des saisons !
La spirale, qui correspond au mouvement réel de rotation des planètes autour du soleil, qui lui-même avance dans la galaxie, pourrait incarner ce modèle mixte entre la ligne et le cercle. Déterminée, cyclique, mais avec à chaque nouveau tour un espace de liberté et de mouvement au rythme des astres lointains.
Au plus profond de mon ressenti intime, je suis en lien avec les rythmes des planètes et avec des ressentis universels, avec ceux des plantes et des animaux. Comment retrouver les chemins de perception qui nous permettent de retrouver les chemins de l’unité, qui partent de l’intime pour toucher à l’universel ? Et dans cette perspective, les fêtes calendaires ne constituent-elles pas l’unité de la mesure du temps ?
Ces idées vertigineuses me permettent de comprendre pourquoi il m’est si intimement important de célébrer les portes des saisons et des fêtes calendaires, et pourquoi ces festivités, ces événements me relient aux autres et au monde. Il y a un avant et un après Noël, un avant et un après St Jean. Comment être digne de ces seuils qui se répètent d’année en année ? Quelle est l’énergie subtile d’un passage plutôt que celle d’un autre ? Quel est ce quelque chose de commun qui nous surélève dans chaque fête ? Comment le solstice me relie à l’univers entier ? Je retrouve, derrière la tradition, le sens profond des fêtes.
Et quand les enfants peuvent apprivoiser ces rythmes à travers les fêtes calendaires pendant leurs premières septaines de vie, c’est comme s’ils buvaient les informations des rythmes de la terre en relation avec le cosmos, et comme si ces informations macrocosmiques nourrissaient leur microcosme de vie quotidienne : fêter Pâques, c’est comme apprendre à naître, fêter la Saint-Jean, c’est comme apprendre à manger un bon repas de midi, fêter Noël, c’est comme apprendre à mourir… Ça donne des outils pour traverser la vie, tous ses deuils, toutes ses naissances, tous ses couchers de soleil, et les différentes étapes de chaque événement de nos vies.
Voilà ici résumés les fondements de cette conférence. J’espère que ce partage vous nourrira autant que j’ai été nourrie par ces apports !
Je vous souhaite, avec tout ça, de joyeuses fêtes de fin d’année. Un retour à la plénitude dans le dénuement de Noël, le sens profond, et une « porte » emplie de sacré pour le passage à 2025.
Avec amour.
Angela

Photo David Hendricks