En quête de feu

Avant de vous transmettre les nouvelles de L’Ombelle, permettez que je vous partage le récit de ma dernière quête de feu.

La fête celtique Samain, le 31 octobre, est passée il y a peu. Cette fête célèbre le démarrage de l’hiver chez les Celtes, le solstice le 21 décembre étant l’apogée de la saison hivernale. Il est dit que la nuit du 31 octobre s’ouvrent les portes entre le monde visible et le monde invisible. Que l’invisible peut s’y rendre visible. Le dépouillement, les longues nuits, et la mise à nu des arbres et de la terre permettent de voir l’essentiel, au-delà des apparences et des surfaces. 

C’est le moment aussi où les nuits commencent à être vraiment longues. Le soleil ne réchauffe plus comme en été. Il faut désormais compter sur les ressources de son propre feu intérieur pour traverser, illuminer et réchauffer nos hivers et leurs longues nuits. L’été a normalement permis de recharger ces réserves de soleil intérieur. 

Cette année, pour Samain, je suis partie en « Quête de feu« , un rituel de passage qui me semblait tomber à point nommer pour nourrir et assurer la solidité mon feu intérieur à la porte de l’hiver. J’aimerais profiter de cette newsletter pour vous conter un peu de ma quête

Une quête pour rencontrer le feu. Dans sa matière comme dans son essence. Pour lier matière et spiritualité

Comment l’allumer, l’entretenir, le maintenir en vie et l’accompagner pour qu’il s’éteigne naturellement et dans le respect de son être ? Qui est ce feu qui nous réchauffe ? Qu’est-ce que le feu ? Quelles sont ses qualités ? Comment le feu au dehors répond à notre feu intérieur ? 

Quelques mots sur le sens de ce rituel de quête de feu : « Dans toutes les cultures indigènes les étapes importantes du développement de l’individu sont marquées par des rites de passage, soutenus par l’ensemble de la communauté. Notre société moderne occidentale ne nous offre plus ces rites, ce qui fait de nous, bien souvent, des adultes immatures, portant encore et toujours nos blessures d’enfance, notre besoin d’être vu et reconnu. Dans certaines cultures ce rite de quête de feu se pratique pour marquer le passage de l’enfance à l’adolescence. Cependant il n’est pas incongru de vivre ce rite à l’âge adulte si nous n’en avons pas eu l’occasion avant. » Thibault Monfils (organisateur de la quête).

Plantons le décor : Je pars seule en forêt avec un couteau, une gourde, et le minimum d’équipement pour allumer un feu : mes éléments pour faire un feu à l’archet, un firesteel (pierre à feu), 3 allumettes dans leur boîte, quelques morceaux d’écorce, de bois et d’herbes sèches comme matière pour démarrer mon feu. 

La pluie menace, et tout est détrempé après plusieurs jours de pluie. Pas de sac de couchage, de tapis de sol, de tente. Pas d’heure ni téléphone, ni frontale. Juste les vêtements que je porte. Moi et mon feu intérieur. 

D’abord, « être choisie » par mon lieu. un immense chêne au pied duquel je me sens accueillie. La qualité de la lumière me plaît. C’est là. 

Chaque quêteur, parti seul de son côté, a l’après-midi pour s’installer, préparer son bois pour la nuit et préparer tout le nécessaire pour allumer son feu. Nous sommes invités à allumer nos feux à la tombée du jour. Une fois la nuit venue et le feu allumé, nous devons rester sur place : il ne sera plus temps de rechercher du bois même si on devait en manquer au courant de la nuit. Veiller notre feu toute la nuit. Ne pas dormir. Nous sommes invités aussi à laisser s’éteindre notre feu naturellement avec l’approche du jour, pour qu’au lever du jour il ne reste plus la moindre braise rouge, et que nous puissions recouvrir et camoufler notre foyer, re-disperser notre surplus de bois s’il y a lieu. Qu’il ne reste aucune trace. 

Me voilà donc à la nuit tombante. J’ai fait un gros stock de bois mort sur pied. Je suis prête. Il se met à pleuvoir… J’abrite comme je peux mes réserves de tout petit bois que j’ai trié par sections, mon herbe sèche et mes matériaux d’allumage. Je tente d’allumer mon feu à l’archet. Je ne parviens pas à faire la moindre braise. J’essaie mon firesteel. Avec mon gros couteau de bushcraft en guise de grattoir, je n’arrive pas bien à produire des étincelles, je menace de renverser sur le sol détrempé mes micro-copeaux de bois gras et mes lanières d’écorce de bouleau. La nuit approchant, je passe aux allumettes. La première s’éteint. La deuxième aussi ! Panique ! Vais-je passer la nuit sans feu ? Reste la troisième et dernière allumette : ma dernière chance !

Garder mon sang froid. Me calmer. Me centrer. Respirer. Je prépare minutieusement mes fines lanières de bouleau pour prolonger la vie de la flamme que je vais produire avec ma dernière allumette. 

Et là, miracle. C’est parti. Mon nid d’herbes sèches veut bien s’allumer, abrité de la pluie par mon buste penché en avant. Le tipi de fines tiges de bois préparé avec soin s’enflamme. 

Mais le feu est encore fragile. Peur que ça ne s’éteigne. Je nourris mon feu activement et avec conscience. 

Rapidement, mon feu devient solide. Il disperse chaleur et lumière dans les environs. La lumière éclaire tout le sous-bois. Je peux m’occuper d’installer ma couchette (ma veste posée par terre et une grosse racine en guise de dossier !), m’occuper de disposer mon bois de manière à ce qu’il puisse sécher tout autour de mon foyer. Trié par sections. À portée de bras. 

Mais mon « plancher » de branches, qui isolait le tipi du sol détrempé, s’enflamme en grand. Mes tas de bois qui sèchent sont trop proches.Panique ! Tout retirer plus loin, ôter les braises qui roulent et menacent mes réserves de bois de brûler, sécuriser la zone. Mon tas de braises me paraît énorme, mes sections de bois trop épaisses, mon feu trop grand. Le contenir jusqu’à ce que je me sente en sécurité. Attendre que mon tas de braises s’amenuise. 

Puis enfin repartir d’un tout petit foyer. Le nourrir petit à petit, calmement. Maintenir mon feu vivant. 

Quand viendra le jour ? La nuit est si longue. C’est la nouvelle lune. La pluie n’a duré que le temps de l’allumage de mon foyer. Le ciel s’est dégagé et les étoiles brillent au-delà de la canopée, nourrissant l’espoir. Anticiper l’extinction de mon feu. Mais quand anticiper ? Dans un temps hors du temps minuté au rythme de la montre ? Le coq chante enfin. Mais le jour semble ne jamais vouloir se lever. 

Les pensées traversent mon esprit les unes après les autres. Quels sont les enseignements de cette quête ? Comment structurer mon feu ? Quel travail et quel engagement ça représente ? Comment protéger mon foyer ? Comment gérer mon énergie ? 

Cet allumage et l’entretien de ce feu sont comme un miroir de ma manière de gérer mon feu intérieur. Comment trouver la bonne balance entre la flamme jaune qui disperse son énergie à tous vents et rayonne largement, et la braise rougeoyante, dormante, contenue, qui conserve son énergie ?

Je peux lire à l’extérieur tous mes schémas de fonctionnement intérieur. Les paysages du dedans et du dehors se répondent. La nature m’enseigne avec clarté, rend visibles mes réflexes inconscients.

Enfin, le jour vient à poindre. Re-disperser mes trop importantes réserves de bois. Regarder s’éteindre les dernières braises. Plonger mes mains dans les cendres chaudes et goûter à leur douceur. Puis rejoindre les autres quêteurs. Nous retournons au feu central où une équipe a veillé toute la nuit pour nous soutenir, nous préparer des mets délicieux, nous chanter… Goûter à l’accueil de la communauté après cette interminable épreuve. Gratitude d’être en vie. Partager nos histoires pour les intégrer, mieux les comprendre, affiner leur compréhension. Laisser mûrir et se déposer les enseignements du feu. 

Très nourrie par cette quête, me voilà prête non seulement pour traverser l’hiver, mais au-delà, pour replonger dans ma vie plus consciente de mes forces et de mes faiblesses, de mes responsabilités, des actions à mener dans ma vie. Plus adulte, plus confiante et plus forte. 

Capable de danser avec les énergies du feu en moi et au-dehors.

C’est riche de toutes ces expériences de vie que je vous rappelle les propositions de L’Ombelle : 

  •  Journées Familles des Bois : (attention changement de date pour décembre !) les mercredis 20 novembre et 4 décembre : contactez-moi pour vous inscrire. On continuera à travailler sur le feu et les techniques d’allumages primitives. Je vous transmettrai avec joie mes nouveaux apprentissages ! On se plongera également dans la construction de cabanes pour accueillir notre tribu des bois par tous les temps hivernaux !
  • Ateliers mensuels de Tantra : les 26 novembre et 20 décembre : Les ateliers sont complets, mais je prends encore des gens sur liste d’attente.
  • Accompagnement Individuel à la Connexion : grâce aux outils de connexion à la nature des peuples racines (modèle des 8 shields), au tantra et à l’approche sensible de la nature, je vous accompagne pour que vous puissiez développer votre conscience sensorielle, votre créativité, et avancer dans l’ouverture du cœur, la pleine présence et la Joie de vivre. Pour que vous puissiez faire grandir la paix en vous et autour de vous, étendre le champ de vos relations et développer vos pleins potentiels de vie. Pour vous accompagner dans l’assise de votre sensation de complétude et vous sentir en permanence soutenus et accompagnés par le Vivant.

À bientôt avec joie, sur les chemins du feu, de la terre, de l’eau et de l’air.

Angela

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